Max Gimblett

Fouet, cordes, personne et bœuf, Tout fusionne dans la non-choséité. Cet univers est si vaste Qu’aucun message peut le décolorer Là sont les empreintes de nos ancêtres.
(Les dix tableaux du dressage du Boeuf, 8ème tableau)

La galerie Hamish Morrison présente pour la première fois en Allemagne l’artiste néo-zélandais MAX GIMBLETT (*1935). Son œuvre jouit d’une reconnaissance particulière dans son pays d’origine avec lequel il a conservé de nombreux liens, mais surtout aux Etats-Unis où il réside depuis les années 70. Il vient d’être exposé cette année au Guggenheim Museum New-York dans le cadre de l’exposition The Third Mind.

Le travail de Max Gimblett est caractérisé par des peintures et des dessins d’une grande virtuosité et d’une grande finesse constituant un trait d’union entre différentes cultures. Bien que la fréquentation des artistes tels que Brice Marsden, Robert Motherwell ou Jackson Pollock ait largement influencé sa peinture dans la perspective de l’expressionnisme abstrait, sa curiosité culturelle initiée avec l’art Maori a en effet trouvé un écho à partir des années 80 dans la large place laissée à l’influence de la culture asiatique dans son travail et dans sa vie.


En employant le mot grec Téménos qui désigne l’espace sacré constituant le sanctuaire, pour décrire l’espace d’exposition, Gimblett n’évoque pas la dimension religieuse, mais spirituelle de l’art. La finesse à la fois technologique et esthétique de ses peintures composées de matériaux rares et précieux telles que les feuilles d’argent, d’or et de palladium importées du monde entiers et combinées avec des matériaux et polymères à la fois traditionnels et contemporains, engendre à cet égard des œuvres aussi magistrales que fascinantes. Les formes singulières de ses toiles rompent cet habitus qui identifie automatiquement une forme quadrangulaire suspendue au mur comme une œuvre d’art, ou du moins, une image décorative. Le spectateur prend ici conscience du caractère quasi-votif de l’œuvre, lui permettant de pénétrer plus facilement dans une dimension au-delà du temps et de l’espace, et accéder à un espace de méditation.

Lors de l’acte pictural, le geste traduit une énergie, un rythme et une danse à laquelle le spectateur peut participer. Cette participation est permise par la perception du temps par le regard, temps qui, selon Gimblett, est concentrique. Le spectateur, en suivant les traces de peintures déchargées du pinceau, perçoit le début, les accélérations, les ralentissements et l’aboutissement du geste. L’acte de peindre n’est pas pour Gimblett un acte cérébral et froid exprimant le Moi cartésien et orgueilleux de l’homme moderne, mais le principe bouddhique du non-soi correspondant à la suspension de son propre jugement. Sa peinture, intuitive, exprime une énergie pure.

Les titres des œuvres et leurs formes témoignent de la richesse de l’inspiration et du syncrétisme de l’artiste ainsi que l’intérêt qu’il porte aux différentes cultures et à la réflexion jungienne sur l’inconscient collectif. Il semble chercher à dépasser le soi de Jung qui est le centre inconnu de la personnalité où se réconcilient les antinomies et l’inconscient collectif exprimé par les mythes présents dans les différentes cultures humaines et incarné par certains signes, comme le Quatre-Feuilles (Apricot Garden, Celestial). En employant le quadrilobe renvoyant aux 4 éléments, à la fenêtre, aux fleurs en général ou au lotus en particulier, Gimblett convoque les forces vitales et transcendances archétypales de la psychée humaine.

Cet argument explique la plupart des références récurrentes telle l’influence du peintre japonais Sengaï Gibon (1750-1837), selon lequel le cercle, le triangle et le carré, base de nombreuses œuvres de Gimblett, représentent à eux seuls l’univers. (The Gaze – For Jackson Pollock 2008, Guggenheim Enso serie, 2008). Le cercle, selon le philosophe du bouddhisme Daisetz Teitaro Suzuki, correspond à l’infini sans commencement et sans fin tandis que triangle est le commencement de toutes les formes, et le carré, triangle double, le processus du dédoublement. Le rapprochement de la série Guggenheim Enso avec « les images du Dressage du bœuf », qui témoignent des niveaux d’élévation dans le zen, est particulièrement intéressant, en particulier le 8e tableau cité plus haut qui s’intitule : « Le bœuf et le soi sont dépassés ».


Le travail de Gimblett constitue une synthèse non seulement des nombreuses questions et réponses posées par l’histoire de l’art, mais aussi entre les cultures, en réunissant des valeurs et principes opposés, comme la calligraphie et la géométrie, l’abstraction et la figuration, ainsi que des propositions esthétiques et philosophiques de l’orient et de l’occident. En portant ces considérations spirituelles et en assumant le pouvoir de séduction des images, la jouissance intellectuelle et la jouissance esthétique, Gimblett parvient de plus à concilier dans son œuvre l’apollinien et le dionysiaque.

_______________English version_____________________________

Whip and rope, person and ox: all are empty.
Words cannot reproduce the vast blue sky.
How could snowflakes survive the flames of a forge?
One can only join the ancestors by arriving at this place.
(Ten Ox Herding Pictures, 8th picture)

Hamish Morrison Gallery is pleased to present, for the first time in Germany, New Zealand artist Max Gimblett (* 1935). His work enjoys special recognition in his home country with which he has retained many links, but especially in the United States where he has lived since the 1970s. This year his works have been exhibited at the Guggenheim Museum New York as part of the exhibition The Third Mind.

The work of Max Gimblett is characterized by paintings and drawings of great virtuosity and finesse as a bridge between different cultures. The contact with artists like Brice Marden, Robert Motherwell and Jackson Pollock has had significant influence on his painting in the context of abstract expressionism. However, since the 1980s his cultural curiosity which had first been aroused by Maori art has been reflected by the influence of Asian culture on his work and his life.

By using the Greek word Téménos which refers to the space dedicated to a sacred shrine or sanctuary, to describe the exhibition, Gimblett does not evoke the religious aspect of art, but its spiritual dimension. The technological and aesthetic delicacy of his paintings consisting of rare and precious materials such as sheets of silver, gold and palladium imported from all over the world and combined with traditional materials and contemporary polymers results in masterful and fascinating works. The unique forms of his paintings break the convention which automatically identifies a rectangle suspended from a wall as a work of art or at least as a decorative image. The viewer becomes aware of the quasi-votive character of the work, allowing him access to a dimension beyond time and space, opening a space of meditation.

In the act of painting, his gestures reflect an energy, a rhythm and a dance in which the viewer can participate. This participation is made possible by the perception of time by observation; time, which according Gimblett is concentric. The spectator, by following the traces of the paint brush, witnesses the beginning, accelerations, decelerations and the culmination of the gesture. For Gimblett the process of painting is not a cold cerebral act expressing the Cartesian “I” of the proud and egocentric modern man, but the Buddhist principle of non-self eclipsing one’s judgment. His painting expresses intuitive, pure energy.

The titles of his works and their shapes reflect the wealth of inspiration and syncretism of the artist as well as his interest in different cultures and his reflections on the Jungian collective unconscious. He appears to look beyond the Jungian self  which is the unknown centre of personality where antinomies and the collective unconscious expressed by myths of different cultures and embodied by certain signs, such as quatrefoil (Apricot Garden, Celestial) are reconciled. By using the quatrefoil with its association to the four elements, windows, flowers in general or lotus in particular, Gimblett convokes the vital forces and archetypal transcendence of the human psyche.

This motif explains the most recurring references such as the influence of Japanese painter Senga Gibon (1750-1837), for whom the circle, triangle and square – bases for many of Gimblett’s works – alone represent the universe. (The Gaze – For Jackson Pollock 2008, Guggenheim Enso Series, 2008). According to the philosopher of Buddhism Daisetz Teitaro Suzuki, the circle corresponds with the infinite without beginning and without end, while the triangle is the beginning of all forms, and the square, a double triangle, stands for the process of duplication. The approximation of the series Guggenheim Enso with « Ten Ox Herding Pictures », which reflect the path to enlightenment in Zen, is particularly interesting, especially the 8th picture above entitled: « Self and Ox Forgotten »

Gimblett’s work is a synthesis not only of the many questions and answers posed by history of art, but also between cultures by bringing together opposing values and principles, such as calligraphy and geometry, abstraction and figuration, as well as aesthetic and philosophical propositions of east and west. In bringing together these spiritual considerations and coming to terms with the seductive power of images, and the intellectual and aesthetic enjoyment, Gimblett achieves in his work the reconciliation of the Apollonian and Dionysian.

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