« REDOX » – Erik Niedling

Après la série « formation » constituée de photographies réalisées à partir de négatifs sur verres dans les années 30, retirages impressionnant au climat énigmatique et inquiétant, Erik Niedling complète son travail sur l’histoire de la photographie en l’enrichissant d’une réflexion sur la question du document, de sa mémoire, de son rôle actuel et de son avenir : Poursuivant sur le thème de la sélection, de la culture et du temps, Niedling s’intéresse au processus de consommation de l’information, et le devenir de celle-ci.

REDOX – Erik Niedling ©Hamish Morrison Galerie


Les 19 photographies de grand format de la série « Redox » semblent se réduire à première vue à de vastes surfaces noires. L’œil parvient cependant à distinguer des reflets de subtiles modulations, des mouvements désordonnés dont aucune cohérence ne se dégage. Le spectateur plus curieux parvient alors à discerner des lettres, parfois même des mots et plus rarement, des phrases. Mais ce sens est à l’image d’un manuscrit partiel, le vestige d’une information plus vraiment perceptible et devenu indécodable. L’information s’éteint tandis que la mémoire glisse…
Ces formes pouvant parfois évoquer des pétales de fleurs ne sont en réalité que des cendres. Erik Niedling a rassemblé des séries de journaux et classé par sections thématiques telles que « Économie », « Culture », « Science » ou encore « Opinion ». Le processus de combustion auquel il les a soumis et dont la série tiens son nom n’est pas sans évoquer ce qu’éprouve un spectateur contemporain fasse à un objet archéologique, dans sa façon à la fois violente et naturelle avec laquelle il témoigne de la fragilité de la mémoire et des supports des idées, des textes, des images, subsumant toutes vanités.
Erik Niedling Redox #19 ©Hamish Morrison Galerie

Cependant, le processus d’enregistrement de l’image, la photographie, processus reproductible, multipliable, stockable, introduit une nouvelle dimension en arrêtant – a priori seulement – la dégradation de ces vestiges, tout en se déchargeant du problème de la conservation de la mémoire sur un autre support. Que faire de la donnée numérique et que va-t-elle devenir ? Tandis que la plupart des bibliothèques travaillent à la numérisation de leurs collections, Erik Niedling colore ou plutôt noircit cette paranoïa légitime d’une certaine ironie dans l’enregistrement de l’information déjà perdue, témoignant avec des moyens plastiques très subtils de l’inéluctable : la dégradation et la disparition de la mémoire.


Une influence remarquable de l’obsession d’Erik Niedling pour le noir et le rapport qui existe particulièrement entre ce dernier et le blanc, trouve en partie sa source dans le problème intellectuel posé par Jünger, dans sa difficulté, et finalement le renoncement à créer un ouvrage littéraire portant spécifiquement sur  la question du noir et du blanc. «  L’eau des cours d’eau s’écoulait noir et sans vie à travers ce monde lumineux. Son apparence m’a rappelé mon vieux projet sur « le noir et le blanc ». C’est beaucoup plus difficile à enseigner que quelque chose sur les couleurs, cet essai m’apparaît comme un chef-d’œuvre, pour lequel il me manque encore des outils. (1)»  

L’aspect magistral des photographies d’Erik Niedling et la richesse des noirs et des couleurs qui les composent est précisément stimulé par cette réflexion de Jünger sur le rapport entre ces deux extrêmes. Niedling se demande s’il est possible ou non d’accepter psychologiquement et esthétiquement la polarisation absolue entre un blanc et un noir. Il se demande aussi ce que peut bien signifier la radicalité de cette polarisation.

La surface sombre encadrée largement de blanc se transforme en surface de projection mentale et démontre que l’œil cherche et parvient toujours à remplir cet espace. Les cendres et les quelques informations qui échappent à la destruction agissent alors comme une résurgence de la connaissance. Un souffle semble alors soulever les petits bouts de papiers carbonisés comme si une force interne aux images constituait un appel contre l’oubli et le danger de l’oubli. Les noirs complexes de la série « Redox » agissent alors comme une surface de projection mentale que l’horror vacui propre à l’esprit humain – et peut-être était-ce là la difficulté de Jünger – tente toujours de remplir. À travers leur profondeur et avec une grande poésie, les images de Niedling stimulent et réactivent la mémoire.

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–> [1] JUENGER Ernst, « Garten und Straßen », in Strahlungen I,  DTV, 1988, p87.



_________________________ Deutsche übersetzung __________________________________

 Nach der Serie « Formation » – bestehend aus rätselhaft und beunruhigend wirkenden Fotografien von Glasnegativen der 30er Jahre – führt Erik Niedling seine Arbeit über die Geschichte der Fotografie in der Serie „Redox“ fort. Niedling reflektiert in seinen Fotografien über das Wesen der Dokumentation auf Papier, über deren konservierende Rolle sowie ihre gegenwärtige und zukünftige  Bedeutung . Niedling beschäftigt sich mit Themen wie Selektion, kulturelle Unterschiede, Zeit und Vergänglichkeit und er interessiert sich insbesondere  für den Prozess der Informationsnutzung.

Die 19 großformatigen Fotografien aus der Serie « Redox » scheinen auf den ersten Blick auf große, rein schwarze Flächen reduziert zu sein. Nach längerer Betrachtung gelingt es dem Auge nach und nach, subtile Lichtreflexe, feine Modulationen und ungeordnete Bewegungen auszumachen, die jedoch keinem System zu folgen scheinen. Schließlich fügen sich einzelne Buchstaben, manchmal zu Worten, selten sogar zu ganzen Sätzen. Diese Fragmente sind wie Teile eines Manuskripts, Abbilder von Informations-überresten, die nicht mehr vollständig wahrnehmbar sind und nicht mehr entziffert werden können. Ohne Information erlischt auch die Erinnerung.

Die bizarren Formen, die manchmal an Blütenblätter erinnern, sind in Wirklichkeit nur Reste von Asche. Erik Niedling hat Zeitungen gesammelt und diese nach Ressorts und Themen geordnet:  « Wirtschaft », « Kultur », « Wissenschaft » oder « Kommentar ».

Der Prozess der Verbrennung, welcher der Serie auch ihren Namen gibt, geschieht nicht ohne dass ein zeitgenössischer Betrachter an ein archäologisches Objekt erinnert wird, welches einerseits aufgrund des unaufhörlichen Verfalls schockierend wirkt, andererseits aber auch in seinem natürlichen Zustand als Zeuge der Fragilität der Erinnerung und als Träger von Ideen, Texten, Bildern – zusammengefasst – von allem Vergänglichen fungiert. Die Photographie jedoch – ein Mittel/Medium zur Speicherung von Bildern, zur Reproduktion, Multiplikation und Archivierung  – eröffnet eine neue Dimension, indem sie – nur a priori – den Verfall der Information aufhält und das Problem der Konservierung von Erinnerungen auf ein anderes Medium überträgt. 
Wozu benutzen wir diese digitalen Daten und wie sieht ihre Zukunft aus? 
Während die meisten Bibliotheken ihre Bestände nach und nach digitalisieren, thematisiert Erik Niedling diese legitime Paranoia mit einer gewissen Ironie, indem er  bereits verlorene Informationen fotografiert, die sehr subtile, plastische Zeugen des Unvermeidlichen sind: des graduellen Verlustes von Erinnerung.  
Einen bemerkenswerten Einfluss auf Erik Niedlings Interesse an Schwarz und vor allem an der Beziehung dieser Farbe zu Weiß, hat die intellektuelle Fragestellung von Ernst Jünger, der sich mit der Schwierigkeit und schließlich der Unmöglichkeit auseinandergesetzt hat, ein literarisches Werk über diese beiden Gegensätze, Schwarz und Weiß, zu verfassen.

« Das ist weit schwerer, als über die Farben etwas beizubringen, daher erscheint mit diese Abhandlung auch als ein Meisterstück, zu dem mir noch das Werkzeug fehlt. « , schreibt Jünger in « Gärten und Strassen ». Der meisterhafte Aspekt der Fotografien von Niedling sind die reichen Nuancen der Farbe Schwarz und das Herausarbeiten der unterschiedlichen Farbtöne, in die Schwarz untergliedert werden kann, angeregt von genau dieser Betrachtung Jüngers der wechselseitigen Beziehung der beiden Extreme – Schwarz und Weiß. In seinen Arbeiten fragt sich Niedling, ob man die totale Unterscheidung zwischen Schwarz und Weiß in  psychologischer und ästhetischer Hinsicht akzeptieren kann. Er fragt sich auch, was diese radikale Polarisierung bedeuten könnte. Die dunkle Oberfläche weitgehend in weiß gerahmt verwandelt sich in eine Projektionsfläche und zeigt, dass das Auge immer versucht, den Raum zu füllen und ihm dies in der Regel auch gelingt. Die Asche und die wenigen Informationen, die der Zerstörung entrinnen konnten, agieren nun wie eine Wiederbelebung des Wissens.

Ein Windhauch scheint die kleinen verkohlten Papierstücke anzuheben als ob eine innere Kraft die Bilder gegen das Vergessen und die Gefahr des Vergessens aufrufen möchte. 
Das komplexe Schwarz der Serie « Redox » fungiert als mentale Projektionsfläche, die der menschliche Geist aufgrund des ihm eigenen „horror vacui“ – und vielleicht war dies auch die Schwierigkeit für Jünger – immer zu füllen versucht. Durch ihre Tiefe und ihre ausgeprägte Poesie stimulieren und reaktivieren die Fotografien von Niedling unsere Erinnerungen. 

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