Ben Sleeuwenhoek

Les œuvres de Ben Sleeuwenhoek constituent une réflexion sur les modes de perception et d’accès à la réalité. Particulièrement intellectuelle, sa peinture fait table rase du mythe de l’artiste transcendentalement inspiré, dont la main peindrait sensuellement et fougueusement un message divin chargé de tensions vibrantes, animales et sensuelles. En se référant consciemment aux peintres spiritualistes tel que Mondrian, son travail se sert de la peinture et de l’image comme autant d’outils permettant d’explorer le concept de réalité et ses représentations. Il rend au sensible et à l’intellect leur part respective dans cette quête et tente de déterminer jusqu’à quel point notre vie peut n’être qu’une constellation d’illusions et de conventions.
Ben Sleeuwenhoek’s atelier, 2009 http://www.bensleeuwenhoek.com/
(c)Ben Sleeuwenhoek
Un discours critique teinté d’ironie et d’éclectisme trahit l’influence du postmodernisme sur l’artiste. Tout n’est qu’illusion : l’absence de garantie de l’existence d’une quelconque vérité est un thème central dans son travail. Les codes et des conventions, comme le langage, les nombres, la représentation de l’espace, ne peuvent constituer des outils fiables pour répondre à quelques questions existentielles, puisque ces valeurs conventionnelles ne peuvent qu’engendrer des réponses conventionnelles. Dans cette quête de l’universel, Sleeuwenhoek se méfie de tout élément individualisant comme l’empreinte du geste dans la peinture qui relèverait de l’émotion, de la confession par trop intime mais aussi l’iconographie convenue ou l’expression et les symboles attribués aux couleurs. Partant du constat que toute convention relève d’une culture construisant ses propres outils de communication, Sleeuwenhoek a pris ses distances avec les codes discriminants et traditionnels de la peinture comme la représentation de la réalité à travers la perspective traditionnelle recourant au point de fuite, témoignage de l’hégémonie qu’une convention peut exercer sur la représentation des images, à l’échelle collective. Elle n’en constitue cependant qu’une vision particulière et relative. Le regard et l’esprit sont libérés des conventions réductrices, en refusant dans le même temps le piège séducteur de la facilité d’une normalisation qui met à la porté de chacun une vision du monde simplifiée et limitante.
Conscient que les sensations constituent une source d’information absolument subjective et qu’elles ne sauraient porter une vérité universelle, Sleeuwenhoek se méfie de la perception et de l’affect. Il propose une construction de l’image destinée à constituer une méthode. C’est précisément ce qui rend son art si particulier. Contre la succession des plans destinées à créer une illusion visuelle, il recourt à une image à priori plane pour un œil formaté à l’image occidentale. Les formes d’un motif le singularisant trop, il a réduit ses éléments iconographiques à des aplats colorés, des ombres. Épurées et débarrassés des lignes superficielles, ces silhouettes évoquent ainsi l’essence de l’objet toujours identifiable qui n’existe plus seulement pour lui-même, mais subsume le genre auquel il appartient. Ne se heurtant pas au particulier, l’esprit peut donc accéder plus rapidement au symbolisme de son message. L’ombre représente aussi, selon l’allégorie bien connue de la caverne de Platon, un premier accès à la connaissance, ou, du moins, à l’illusion de la connaissance… Ces symboles-icônes évoluent sur des fonds plats et ordinaires comme le mur de brique ou à colombage, rejetant la singularité de l’espace physique et du temps et insistant sur la dimension mentale et intemporelle de sa projection. Les plans sont superposés sans espace, sans illusion et sans tromperie, provoquant des interactions entre les éléments et un renouvellement des modes de significations qui passent par la combinaison, l’addition, la contradiction et le dialogue entre les formes. Loin de la linéarité d’un rébus, ces images associées ouvrent le champ des significations à une multiplication infinie d’interprétations : une juxtaposition de symboles non déterminés qui touche largement et profondément l’esprit individuel et collectif.
L’univers iconographique de Sleeuwenhoek emploie à dessein des objets assez anodins qui, selon lui, composent notre quotidien. Le mobilier campagnard, les dés, les champignons, les cœurs ou les ossements renvoient parfois au kitsch tout en constituant un répertoire familier dont émane une nostalgie atemporelle. Cette interrogation de la réalité mêlée d’une certaine distanciation ironique va jusqu’à traduire des préoccupations spirituelles étrangères à toute religiosité, portant sur la question même de l’existence. Certains motifs récurrents comme les yeux et les sources de lumière révèlent à ce titre l’influence des nombreux voyages  en Inde et en Extrême-Orient, constituant une réflexion sur la connaissance et son empreinte dans la vie quotidienne, tandis que d’autres éléments évoquent plutôt la mélancolie incarnée par les vanités.
Une certaine peur de passer à côté du sens de la vie engendre un refus du constat actuel niant l’existence de toute vérité. L’interprétation étant au cœur du discours post-moderne, l’ouverture sémantique permet à l’artiste d’échapper à ce triste bilan en ouvrant le champ des possibles. Ses œuvres constituent un système plus large de préhension du réel qui laisse grâce à des codes simples, accessibles et ouverts, une grande part à l’imagination.
Avec une certaine délectation, Sleeuwenhoek invite le spectateur à porter sur lui-même et son environnement un regard tour à tour grinçant, naïf, cru, émerveillé et amusé. La force de ses œuvres réside dans ce surprenant mélange de mélancolie et d’ironie sensibles dans la légèreté avec laquelle il évoque la mort, la vie et leur éventuelle signification. Toute sa peinture présente ces deux notions dans un double champ lexical se croisant, se confrontant et parfois même, s’unissant, permettant d’appréhender simplement, à travers une inspiration quasi-essentialiste, des questions fondamentales et universelles.
Ben Sleeuwenhoek’s works are a reflection on the modes of perception and access to reality. Particularly intellectual, his painting does away with the myth of the artist, who is transcendentally inspired, whose hand paints sensually and fiery a divine message charged with vibrant, animal and sensual tensions. By consciously referring to spiritual painters, such as Mondrian, he uses painting and images as tools to explore the concept of reality and representations. In this quest he gives the sensitive and the intellect their respective share back and tries to determine just how much of our lives can be a constellation of illusions and conventions.
A critical discourse tinged with irony and eclecticism betray the influence of postmodernism on the artist. Everything is an illusion: the lack of guarantee that any truth exists is a central theme in his work. The codes and conventions, such as language, numbers, the representation of space may not be reliable tools to answer some existential questions, as these conventional values can only generate conventional responses. In this quest for universal, Sleeuwenhoek mistrusts every individualizing element as the impression of movement in painting which would be the matter of emotion, of an intimate but also of the agreed iconography or the expression symbols assigned to colors. Acknowledging that every convention is the result of a society building its own tools of communication, Sleeuwenhoek distances himself from the discriminating and traditional codes of painting, such as the representation of the reality through the traditional perspective using the vanishing point, a testimony of the hegemony that a habit can exercise on the representation of images at a collectively scale.  It is, however, just a particular, relative point of view. The eyes and mind are freed from the reductive conventions by refusing the seductive trap of effortless standardization that makes a simplified and limited vision of the world accessible to everybody.
Aware that sensations are an exclusively subjective source of information and that they couldn’t carry the universal truth, Sleeuwenhoek mistrusts the perception and the affect. The artist suggests a construction of the image destined to build a method. This is precisely what makes his art so particular. The forms of a motive would draw too much attention. He reduces the iconographic elements to an absolute sleekness, shadows. Purified of all superficial lines, the silhouettes allude to the essence of the object, always identifiable, which doesn’t exist only for itself anymore but subsumes the genre it belongs to. Not being disturbed by the individuality, the spirit can move more quickly to the symbolism of its message. The shadow also represents, according to the well-known allegory of Plato’s cave, the first access to knowledge, or, at least, to the illusion of knowledge… These “symbol-icons” evolve on flat and ordinary backgrounds as the brick wall or a timber, denying the singularity of physical space and time and focusing on the mental and timeless dimension of its projection. The layers are superimposed without space, without illusion and without deception, causing interactions between the elements and a renewal of patterns of meanings that run through the combination, the addition, the contradiction and dialogue between the forms. Far from the linearity of a riddle, these images open the possibilities of meanings to a multitude of interpretations: a juxtaposition of undetermined symbols that deeply and largely affect the individual and collective spirit.
Sleeuwenhoek’s iconographic world consciously employs fairly usual objects, which according to him, make up our daily lives. Rustic furniture, dice, mushrooms, hearts or bones sometimes refer back to kitsch. This interrogation of reality mixed with a certain ironic detachment goes as far as bringing up spiritual concerns regarding the question of existence itself. Unrelated to any religion, this spirituality reflects the recurrent influence in his work of anthroposophy and of people like Mondrian and Beuys, whose influence he does not deny.  Certain recurrent motives such as the eyes and the origin of light reveal the influence of numerous trips to India and the Far East, which constitute a reflection on knowledge and its footprint in everyday life, while other elements rather evoke melancholy embodied by vanities.
A certain fear to miss the meaning of life leads to a rejection of current findings denying the existence of any truth. The interpretation is at the heart of the post-modern discourse, the semantic openness allows the artist to escape this sad record in opening the field of possibilities. His works constitute a broader understanding of reality that translate simple codes, accessible and open, in the end broadening imagination. With some relish, Sleeuwenhoek invites the viewer to focus on himself and his environment, with a view alternately grated, naive, raw, amazed and amused. The strength of his work lies in the surprising mixture of melancholy and irony evident in the lightness with which he speaks of death, life and their possible significance. All his paintings present these two concepts in a double lexical field crossing, confronting and sometimes even uniting, allowing to understand simply, through a quasi-essentialist inspiration, fundamental and universal questions.
Matthieu Lelièvre
Translation Julie Herbel

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