Walpurgisnachtstraum ou les cauchemars de Gérard Garouste

La Sorcière et le Bouc, 2011
Gérard Garouste s’est armé des ambitions de l’humanisme contre le doute et l’angoisse dans une sorte de quête de repères par l’appropriation de la sagesse et de l’intelligence des anciens.
Sa curiosité l’a conduit à s’intéresser à de nombreuses formes de cultures anciennes, religieuses, philosophiques et littéraires.
Cette démarche est finalement assez rare dans le domaine de la peinture contemporaine. Le travail de Garouste réinvestit l’image d’une force évocatrice et réussit à exprimer à la fois une émotion par le style ainsi qu’une réflexion narrative. Après s’être intéressé à l’œuvre de Dante, de Cervantès et de Rabelais, c’est à présent Goethe et l’univers romantique et sombre des Songes d’une nuit de Walpurgis que Garouste convoque. Les deux espaces de la galerie Templon sont investis en cette rentrée 2011 d’une œuvre vaste et visuellement abondante.
Cette nouvelle exposition ne sera pas une surprise stylistique pour ceux qui connaissent déjà son travail. Cet ensemble chatoyant et particulièrement sensuel est composé d’un ensemble d’œuvres à la forte individualité. Au sein de chaque peinture, la palette assez restreinte crée une véritable unité atmosphérique et picturale, alternant des zones largement et rapidement brossées, rehaussées d’empâtements sensuels, et d’autres zones plus nerveusement travaillées mais toutes en tension, en particulier dans les mains et les visages. La répartition de la lumière particulièrement prononcée sur ces parties du corps appuie le caractère dramatique et expressif des mimiques grimaçantes et les langues pendantes (Golem).


Les songes de la nuit de Walpurgis est une oeuvre indépendante de Goethe et finalement introduite telle une « pièce dans la pièce » dans le Faust. Méphistophélès tente de regagner l’attention que sa victime consacre à Gretchen en lui offrant un spectacle de visions envoûtantes, fascinantes et colorées. Cette débauche fantastique est le contrepoint de la folie de Gretchen qui se livre à un infanticide cruel mais désespéré.
Belzébuth, 2011
Le diable qui tente de fasciner l’homme perdu peut être aisément interprété comme une métaphore d’un l’artiste persécuté par ses propres démons. La publication de L’Intranquille. Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou (Paris, l’iconoclaste, 2009) constitue à ce propos une véritable confession, une mise à nu des angoisses de l’artiste, depuis le père antisémite et collaborateur pendant la seconde guerre mondiale au combat de l’homme contre la folie. Faust est un personnage tiraillé entre une vie qui lui a échappé et l’espoir inconséquent d’une seconde chance, un homme qui, aveuglé par son besoin désespéré de possession abandonne jusqu’à sa propre âme et détruit l’objet de sa passion. C’est aussi le récit de la cupidité et le cycle de Walpurgisnachtstraum de Garouste est l’illustration de tous ces vices conjugués au féminin. (Vanité au miroir, Vanité au singe 2010).
L’Elixir du pendu, 2011

La femme incarne alors le danger et parfois même le Mal. Véritable Eve païenne, on ignore si la sorcière rousse au capridé (1ere illustration) propose en premier les fruits qu’elle tient dans sa main ou son propre sexe exhibé sans pudeur et visuellement redoublé sans complexe par les cornes de l’animal qu’elle chevauche.

Garouste semble faire un clin d’œil ici à la Marguerite de Boulgakov chevauchant des cochons. L’Elixir du pendu évoque aussi ce lien entre la femme et la nature, ce lien mythique, littéraire et religieux qui donne de la femme l’image d’une créature intimement connectée aux dimensions parallèles et fantastiques du fantasme et de la magie, notamment à travers la figure de la sorcière, de la déesse ou de la fée… Il en est ainsi de la créature indéfinissable que l’on retrouve sous la forme d’un cerbère à trois protomes féminins dans la grande composition Walpurgisnachtstraum, 2011, se livrant à un ballet lugubre et coloré avec une femme allongée et menaçante dont un arbre – symbole de vie – semble comme sortir de son sexe.
Walpurgisnachtstraum, 2011

De la même manière que Le Faust de Goethe constituait une série de portraits de contemporains du poète, Garouste portraiture régulièrement les membres de son entourage. L’œuvre de Garouste rencontre sur ce point l’œuvre de Goethe mais sans recourir à la force de la moquerie satirique des milieux intellectuels, philosophiques et littéraires. Il s’agit plutôt ici d’une façon de construire la puissance du discours et d’en réinvestir le présent tout en rendant ses propres angoisses intemporelles.
L’ensemble des Walpurgisnachtstraum est une série d’oeuvres à tiroirs où les références sont nombreuses, croisées, littéraires et philosophiques. Chaque œuvre semble tirer son sens dans la suite mais le portrait et divers élément interférent et en enrichissent la grille de lecture sur de très nombreux degrés, à découvrir à mesure que l’on veut bien entrer dans la complexité mentale et intellectuelle du peintre. L’exposition de la galerie Templon offre cette rare occasion de plonger dans une œuvre vaste et cohérente dont chaque élément possède une tension propre. Les peintures sont à ce sujet très bien complétées par les fascinants bronzes, prolongement dans l’espace de ses étranges métaphores visuelles.
Le Pied-Bot, 2011, Bronze


Walpurgisnachtstraum, exposition de Gérard Garouste,
du 8 septembre au 29 octobre
Galerie Daniel Templon
30 rue Beaubourg
75003 Paris

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