Qi Zhuo

Le jeu et les détournements, de la céramique en particulier, sont devenus pour Qi Zhuo une pratique artistique en soi. Parce que son histoire personnelle est aussi faite de décalage de compréhension ou de langage, ceci explique ses titres et actions artistiques qui semblent parfois relever de la boutade ou du cadavre exquis. Il ne fait pas table rase de la tradition, mais la manipule comme un langage pour la réinventer.
« J’ai allumé un vase », démontre l’ingéniosité que Qi Zhuo déploie en alliant deux pratiques qui, si elles sont liées au feu, n’en sont pas moins antagonistes. Le recueillement et le silence que l’on attache à la porcelaine contraste avec le tintamarre incontrôlable du pétard destiné lors du Nouvel An, des mariages ou toute autre célébration, à effrayer Nian, un animal légendaire féroce. En recourant à des pétards placés dans la pate céramique crue, l’artiste introduit un élément perturbateur : le hasard. Ce hasard de la poudre qui explose dans n’importe quelle direction et qui perturbe l’absolu ordonné, la perfection. L’art de la maîtrise technique est ici contredit par la puissance de l’aléatoire. Une sorte d’acte libérateur. La consécration ne relève plus ici de la perfection formelle : C’est l’objet hybride de deux traditions, une sorte de happening perturbant le séculaire, avec humour et dérision.
La série « J’ai brûlé une peluche » pauvres doudous plongés dans de la porcelaine pour être ensuite brûlés ou encore « un, deux, trois, quatre, cinq », une série des mains qui comptent, témoignent de ce syncrétisme culturel. Ces dernières sont des récupérations de déchets de figurines en céramique. La sculpture est ici au service d’une production de masse, mais cette industrie n’exclue pas les ratés et les défauts et produit donc ses propres déchets. Qi Zhuo les a récupéré et restauré selon la technique japonaise du kintsugi. Cette dernière ne vient pas nier l’histoire d’un objet  mais en embrasse les accidents et le fait entrer, grâce à la restauration, dans une nouvelle ère de sa propre histoire. Ces mains de Mao et de Buddha viennent en conter de nouvelles faisant de Qi Zhuo un assembleur de traditions, de techniques et de langages.

Article (non publié) pour le catalogue du 61eme Salon de Montrouge

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