Texte du catalogue du prix MAIF remporté par Florian Viel

Maquette du projet (dossier Florian Viel)
Le travail plastique de Florian Viel ne se laisse jamais réduire à des commentaires de grands chapitres de l’histoire de l’art. Sous l’apparence de formes simples, séduisantes et parfois un peu débonnaires, il induit une réflexion profonde sur l’impact de phénomènes et de concepts profondément ancrés dans l’inconscient collectif et prête à tout objet le potentiel d’une analyse psychanalytique. Sculpture pour fenêtre ou sculpture pour observer discrètement la piscine de ses voisinsrévèle cependant un tempérament jouisseur qui n’est toutefois pas incompatible avec la force des interprétations que l’artiste abandonne volontiers au spectateur. Cette sculpture invite à partager l’expérience, celle de l’observation, du transport mental et du désir. Elle interroge la façon dont un objet modifie notre perception de soi et notre relation au monde, en prenant pleinement conscience de notre position d’observateur. Elle concrétise ainsi l’acte d’observer, démarche préalable à toute opération expérimentale.
La monumentalité par essence du métal et le devoir mémoriel que l’on prête souvent au bronze créent un décalage cocasse qui, à travers une ironie fine, est souvent présent dans le travail de Florian Viel, car au-delà de la prouesse technique, s’impose l’incongruité.
Le bronze est un matériau tellurique, et la statue-monument émerge souvent verticalement du sol ou bien d’un socle lourd, pour pointer vers l’air. Tels le Maréchal Ney de François Rude, la République de Jules Dalou ou le Balzac de Rodin, elle toise de son regard et par le modèle qu’elle incarne, une humanité à laquelle on prétend qu’elle puisse servir d’exemple.
Par sa démarche, l’artiste détourne ici avec humour la gravité et la noblesse du matériau en fondant un élément domestique traditionnellement en suspension et en jouant d’un paradoxe pondéral. En se jouant à la fois du readymade et de l’ironie du déplacement de l’objet quotidien dans le champ de l’art, Florian Viel se moque de la monumentalité même de l’œuvre, de l’art et du genre monumental. A contrario des Grands Hommes installés sur les places publiques, le message de cette sculpture pour fenêtre n’est pas celui d’un philosophe, d’un chef de guerre ou d’une allégorie. Il s’agit juste d’un store, et c’est précisément cette banalité que célèbre Florian Viel. Son œuvre vient concrétiser et célébrer le regard, matérialisant l’image rétinienne qui se fixera et traversera la patine déposée avec le temps sur les lamelles de métal. Cette intuition de la réalité prends alors tout son sens et révèle l’intimité et le désir qui cherchent à se dissimuler.
Un store adossé et dépendant, qui a besoin d’être actionné et suspendu, est un élément bien ordinaire et cependant rare dans l’art. Le cinéma a plus régulièrement recours à ce dispositif de la persienne, car le regard mis en scène se matérialise beaucoup mieux à l’écran grâce au temps. Un oeil scrute timidement à travers les lamelles l’objet du désir et l’action même du voyeur donne corps à l’excitation. Ce processus cinématique permet une forme de matérialisation du temps qui autorise la narration et l’appropriation mentale par l’intermédiaire de la vue. Ce n’est pas anodin si l’autre nom de cet objet est Jalousie.
Quand Baudelaire écrivit dans Le Soleil que « Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures / Les persiennes, abri des secrètes luxures (…) », il ne se trompe pas, la sculpture pour fenêtre est bien un complice du désir.
Matthieu Lelièvre
Texte pour le catalogue de la 8eme édition du Prix MAIF, 24 avril 2016

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