Ferdinand Kokou Makouvia

Le dessin du contour de pays visités par Ferdinand Kokou Makouvia constitue le point de départ de ces formes un peu baroques faites de courbes et de contrecourbes en bois. Si la sculpture semble abandonnée ou fragmentaire, c’est qu’elle ne devient complète que dans la perspective d’une performance. L’artiste relie ces formes par des chambres à air afin de façonner une sorte de cocon dans lequel il s’enferme. Des étirements et des rétractions viennent rythmer un mouvement troublant, comme une forme organique qui ne saurait opter pour une direction précise, sans rythme et tâtonnant. Au bout de quelque temps, l’artiste en émerge. Cette œuvre montre la façon dont il s’approprie la matière d’une façon extrêmement personnelle. Son expérience et sa sensualité viennent transformer l’objet, pas à la façon d’un sculpteur mais à la façon d’un philosophe.

J’ai gardé le réflexe (2016) vient incarner la frontière dans tout son paradoxe et dévoile le contraste saisissant entre un environnement appréhendé physiquement et donc quelque part approprié, ressenti, possédé, et sa représentation artificielle, mentale, politique, économique et légale, tant d’abstractions qui viennent dicter les contours de la réalité. L’artiste emploi le mot de « prison » et de « limites ». Cette sculpture-action intègre par ailleurs le geste d’abandon du cocon-prison dont l’artiste émerge. Ce corps, vertical, libéré de la forme, mais aussi de vêtements – comme pour en célébrer la fluidité et la puissance, s’éloigne, résolument, sans se retourner. Ce geste théâtral est une composante essentielle de la pièce, à la fois performance et sculpture puisqu’elle reste au sol telle une protection symbolique caduque, mais aussi comme une entrave à la liberté. J’ai gardé le réflexe devient alors une proposition résolument politique et humaniste sur ce qui sépare réellement les individus. Une ligne imaginaire ? ou bien les règles que les sociétés s’imposent et à partir desquels les êtres finissent par s’identifier ? L’héritage des règles enregistrées mais aussi définies et imposées par la tradition (la culture, les arts, l’architecture, le poids de l’histoire…) sont encore plus sensibles dans la petite sculpture intitulée Azikpuivi(le petit tabouret africain). Caractéristique de la force expressive et de la profondeur de l’œuvre du jeune artiste originaire du Togo, Azikpuivi, semble évoquer avec le caractère anxiogène du visage enfoncé dans le banc, ce poids de la tradition qui impose et détermine les caractéristiques de l’identité, à travers le groupe ou encore la société, avec la cécité et l’étouffement qui en résultent.
Texte publié dans le catalogue du 62eme Salon de Montrouge

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