Julia Gault

Julia Gault définit son travail comme une recherche sur la précarité de la posture verticale, se tenir soi-même debout ou sur la possibilité d’intervenir sur les conditions de cette verticalité dans l’espace. Défi de la pesanteur terrestre, à la fois physique et psychologique, cette démarche ne cherche pas tant à construire qu’à s’interroger sur les conditions de réalisation de l’improbable. La gravité, les caractéristiques internes des matériaux mais aussi des technologies, tout pourrait se résumer dans la beauté et l’éphémère d’un château de carte ou de la tension d’un équilibriste. La splendeur de l’élévation est son inspiration, en ce que les montagnes elle-même, n’échappant pas à l’érosion, manifestent avec le temps leur propre fragilité. Cette observation qu’elle décline sans ses sculptures de briques, de verre ou d’éléments prélevés dans la nature prend d’ailleurs souvent pour point de départ le paysage et l’environnement naturel citant parfois l’expérience personnelle d’un éboulement de terrain dans la favela de Rio de Janeiro où elle a vécu. Le propos même de ses sculptures, vidéos et installations se construisent souvent sur ce principe de construction et de fragilité, d’ascendance et de dépense d’énergie et opposition des forces. Manifestant le désir de faire l’expérience de ses propres œuvres, l’artiste se confronte souvent physiquement à ses sculptures, essayant d’aller au bout de ses propres limites et acceptant que leur format soit lié à ses limites corporelles personnelles, construisant une sorte de modulor de l’effort. Cette façon de repousser ses limites physiques n’est pas éloignée de cette fatigue qui accompagnent dans certaines cultures le dépassement d’un état (la danse, le jeune) destiné à faciliter un accès psychique à d’autres dimensions. C’est précisément ce en quoi le travail de Julia Gault atteint une dimension transcendante et quasi-spirituelle. La tentative d’ascension de ses sculptures et la fragilité qui les affectent représentent la métaphore sensible d’une élévation spirituelle prisonnière de son incarnation. Sisyphe pourrait être son mentor.

Image : Au bord de, 2016, piece unique (c)Julia Gault

Texte écrit pour le catalogue de la 63eme edition du salon de Montrouge

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