Samuel Lecoq

Une relation particulière unit la photographie à l’image filmée chez Samuel Lecocq. Ses récits sont conçus comme une multitude de juxtapositions. Les fragments communiquent de façon non linéaires pour constituer une histoire à la narration sensiblement désaxée et le rapport à l’installation n’est pas étranger à la construction du récit. L’artiste veut « mettre en crise » les sujets abordés et s’intéresse beaucoup à la façon dont le spectateur recompose mentalement ce récit. Sous forme de chapitres, l’histoire de Fragility and Obsolescence progresse doucement. La voix off – la narratrice est photographe – évoque le désir de savoir ce qui est caché et la difficulté à percer ce qui vient dissimuler l’information et le savoir. Les photographies disposées comme sur un mur d’exposition ou une présentation numérique flottante alternent avec de lentes captations de bocages en apparent inadéquation avec la violence du sujet. L’image nous éloigne en apparence du propos tandis que l’angoisse induite par la décomposition et le lent mouvement de la caméra remontant un fleuve d’eau calme et peu profonde, ou tout se ressemble, vient imposer au spectateur une lecture symbolique et philosophique du récit : Ces images sont des images fantômes, elles sont trop problématiques, nous dit la voix… L’argument nous fait alors tourner autour du sujet comme pour nous permettre d’atteindre un angle essentiel et surprenant. Dans cette vidéo singulière qui s’intéresse à un centre de « déradicalisation » le mode opératoire de Samuel Lecocq est à la limite du reportage documentaire. Il compose une approche qui vient défier les formes de partis pris et de récupérations d’un tel sujet sensible au cœur de problématiques sociétales et politiques, tout en faisant flirter l’objectivité et la subjectivité. En s’intéressant à cette problématique d’une rare tension, son film tente, sans idéaliser ou interférer de renouveler les formes de la narration, entre le film et le documentaire, comme en prolongement de certaines recherches de Godard. Ses œuvres assument le mélange des genres et se construisent sur cette brutale confrontation, passant de la sculpture à la vidéo en gardant cette sensibilité constante pour la photographie, omniprésente dans son travail. Cette image, il l’exploite dans toutes ses formes et recourt au documentaire et à l’animation tout en mélangeant les formats, se jouant par la même des conventions sur l’espace et le temps.

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