Geestland, de Jan Koen Lomans

Anunciatiserie, Jan Koen Lomans, 2007
(c)Jan Koen Lomans, Courtesy Brutto Gusto

Travaillant sur de nombreux formats, Jan Koen Lomans dessine inlassablement des motifs floraux interprétés directement d’après des fleurs réelles, la plupart du temps séchées. Tels les traits d’un visage dont les lignes plus aigues se dessinent, la fleur, à mesure que l’eau et la vie s’en échappent, voit sa beauté et le charme de ses couleurs passer par un filtre expressionniste accentuant le relief de la matière, effaçant courbes et couleurs pour offrir une vision de la mort. Les noirs et blancs dominaient jusqu’ici ces mystérieuses vanités, comme s’il n’existait pas d’état intermédiaire. L’emploi récurrent du fusain – du bois brûlé, ressemble de ce point de vue à un hommage appuyé au cycle de la vie. Que ses dessins soient à dominante claire ou sombre, il exploite en véritable dessinateur les caractéristiques optiques de son medium et de son support. Avec toute la sensualité d’une poudre sombre et indélébile appliquée sur un papier bouffant, Lomans brouille les plans et l’espace en créant des contrastes mystérieux. Les réalisations de ses compositions sous la forme de la tapisserie dont les cartons sont ses propres gravures possèdent aussi ce trait finement ciselé.

Tekening, Jan Koen Lomans, 2008
(c)Jan Koen Lomans / Courtesy Brutto Gusto

La série Annonciation exprime particulièrement bien ce caractère spirituel et énigmatique à la limite du fantomatique. Les couches successives de fusain forment, couvrent et révèlent de subtiles arabesques en suspensions qui agissent comme des apparitions. Le nom choisi par l’artiste est un clin d’oeil au rôle que l’on accorde aux fleurs dans l’iconographie traditionnelle. Il pourrait cependant s’agir ici de la matérialisation d’un instant magique et irréel, en suspend : celui de la transe provoquée par l’observation intensive et l’éblouissement que peut représenter le moment de l’accès à la connaissance. Dépassant le registre floral, les formes révèlent les courbes et les volutes d’êtres à mi-chemin entre la vie et la mort, le sol et le ciel, le départ et l’arrivée.

Geest, Jan Koen Lomans
(c)Jan Koen Lomans, Courtesy Brutto Gusto

La nouvelle série Geestland possède quelque chose de plus chtonien dans le rapport qui lie Lomans à son environnement. Celui-ci se traduit dans ses dessins de manière à la fois intellectuelle et sensuelle. Elle évoque le Geestland, un paysage du Nord de l’Europe jadis sculpté par la glace. Ce paysage particulier a fortement marqué l’artiste et constitue une source d’inspiration évidente et nouvelle dans ses œuvres où l’emploi du fusain domine encore. Cette accumulation de couches successives traduit la sensualité caractéristique de Lomans et s’exprime dans les formes charnelles des plantes. En revanche, si l’encre colorée et les fils d’or et d’argent étaient déjà présents dans son travail, la couleur joue dans cette série un rôle tout à fait différent, au service de la recherche de nouvelles harmonies. Les rouges, bleus et jaunes salis par cette rencontre intime avec le charbon, évoquent naturellement la couleur puissante et indélébile du pistil.

Les récents travaux de Jan Koen Lomans, par ce savant mélange de masse et de légèreté, de vie et de mort, de plan et de profondeur, dissolvent le motif de la fleur et transforment la matière en énergie par la force de l’abstraction.

Geestland, de Jan Koen Lomans, du 1er Mai 2009 au 27 Juin 2009
BRUTTO GUSTO
Torstrasse 175, D-10115 Berlin
http://www.bruttogusto.com

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